Effacement des figures déchues dans l’histoire et infanticide inter‑lignée chez les animaux : deux mécanismes d’autorégulation des systèmes vivants et sociaux
Introduction
L’histoire humaine et le monde animal semblent appartenir à deux domaines radicalement distincts. Pourtant, certains comportements fondamentaux révèlent des logiques structurelles communes. L’effacement des personnages déchus dans les récits historiques, tout comme l’infanticide inter‑lignée observé chez de nombreuses espèces animales, participent d’un même principe : la préservation de la cohérence interne d’un système, qu’il soit social, politique ou biologique. Ces phénomènes, souvent perçus comme violents ou anormaux, répondent en réalité à des dynamiques profondes d’organisation, de mémoire et de survie.
L’effacement des figures déchues dans l’histoire
L’effacement volontaire de certains individus dans les récits historiques est un phénomène ancien et universel. Il ne s’agit pas d’un simple oubli, mais d’un acte intentionnel visant à remodeler la mémoire collective. Dans l’Antiquité romaine, la damnatio memoriae consistait à supprimer le nom, les statues et les traces matérielles d’un individu jugé indigne. En Égypte, des pharaons ont vu leurs cartouches martelés ou remplacés pour effacer leur légitimité. Ce processus peut prendre plusieurs formes : destruction d’artefacts, réécriture des chroniques, substitution iconographique ou marginalisation progressive dans les récits officiels. Dans tous les cas, l’objectif est identique : restaurer une continuité narrative en éliminant les éléments dissonants. L’effacement historique n’est donc pas un accident, mais un outil politique. Il permet de stabiliser un récit collectif, de renforcer une légitimité ou d’éviter qu’un contre‑exemple embarrassant ne fragilise l’ordre établi. La mémoire devient un espace de contrôle, où l’on choisit ce qui doit être conservé ou supprimé pour maintenir la cohésion du groupe.
L’infanticide inter‑lignée chez les animaux
Dans le monde animal, l’infanticide commis par un individu sur une progéniture qui n’est pas la sienne peut sembler aberrant ou cruel lorsqu’on l’observe avec un regard humain. Pourtant, ce comportement est largement documenté et s’inscrit dans des stratégies évolutives cohérentes. Chez les lions, les langurs, les ours ou les dauphins, un mâle nouvellement dominant peut tuer les petits de son prédécesseur. Ce geste accélère le retour en fertilité des femelles et maximise ainsi son propre succès reproductif. Dans d’autres espèces, l’infanticide peut réduire la compétition pour les ressources ou rétablir un équilibre hiérarchique. Ce comportement n’est donc pas une anomalie, mais une réponse adaptative. Il participe à la régulation du groupe, à la gestion des ressources et à la transmission des lignées les plus aptes. Loin d’être un dysfonctionnement, il constitue un mécanisme de sélection et d’optimisation inscrit dans l’évolution.
Une logique commune : la cohérence du système avant l’individu
L’effacement historique et l’infanticide inter‑lignée semblent appartenir à des univers sans rapport. Pourtant, ils obéissent à une même logique structurelle. Dans les deux cas, un système — qu’il soit social, politique ou biologique — identifie un élément comme incompatible avec sa stabilité. Cet élément peut être un dirigeant déchu, un rival génétique, un symbole embarrassant ou une progéniture non alignée avec les intérêts reproductifs du groupe dominant. Le système réagit alors par un mécanisme d’élimination. Dans l’histoire humaine, il s’agit d’effacer la mémoire matérielle et narrative d’un individu. Dans le monde animal, il s’agit d’éliminer une descendance qui ne contribue pas à la continuité génétique du dominant. Ces mécanismes révèlent une dynamique profonde : la survie d’un système dépend de sa capacité à contrôler sa mémoire, ses ressources et sa cohérence interne. L’individu devient secondaire face à la nécessité de maintenir un ordre fonctionnel. Ainsi, l’effacement historique et l’infanticide animal ne sont pas des anomalies, mais des manifestations différentes d’un même principe d’autorégulation.
Conclusion
L’étude croisée de ces deux phénomènes met en lumière une structure commune aux systèmes vivants et sociaux : la tendance à éliminer les éléments perçus comme perturbateurs pour préserver la cohérence globale. L’histoire humaine, avec ses effacements volontaires, et le monde animal, avec ses stratégies reproductives parfois brutales, illustrent une même logique d’optimisation et de continuité. Comprendre ces mécanismes permet de dépasser les jugements moraux et d’observer les dynamiques profondes qui façonnent les sociétés, les espèces et les récits. C’est aussi une manière de réfléchir à la manière dont les systèmes — qu’ils soient biologiques ou culturels — sélectionnent ce qui doit être transmis, oublié ou supprimé.
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Références
Damnatio memoriae (Encyclopaedia Britannica) https://www.britannica.com/topic/damnatio-memoriae
Effacement des pharaons (Metropolitan Museum of Art) https://www.metmuseum.org/blogs/now-at-the-met/2016/damnatio-memoriae
Infanticide chez les lions (National Geographic) https://www.nationalgeographic.com/animals/article/lion-infanticide-prides
Infanticide chez les primates (ScienceDirect) https://www.sciencedirect.com/topics/biochemistry-genetics-and-molecular-biology/infanticide
Infanticide et sélection sexuelle (Nature) https://www.nature.com/articles/35016058




